Richard Harper |
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Par essence, le réalisme est fondé sur l’observation des objets existants. Le plus évocateur étant pour moi la forme humaine. On peut peindre des paysages ou des natures mortes qui éveillent en nous des émotions intenses et qui font appel aux sentiments ; mais quand on est confronté à l’image du corps humain, on éprouve quelque chose de beaucoup plus fort : on se reconnaît. Il existe, consciemment ou inconsciemment, entre le tableau et l’observateur, des courants qui circulent, des courants primitifs ou conditionnés par la société. En montrant le corps humain à l’état naturel, débarrassé de tous vêtements porteurs de significations, on constate que cette image est celle d’un autre être humain, qui est du même genre, de la même tribu, et de la même famille que nous. On s’identifie d’une manière très profonde à cette image. L’image du corps humain est, en fin de compte, une image de nous-mêmes.
Si j’ai adopté une approche minimaliste dans mes tableaux, c’est parce que le corps humain, dans son état naturel, représentait l’objet idéal pour la peinture. Partant de cette déduction, j’ai consciemment limité le sujet de mes tableaux à ceci : un corps humain sur une plateforme avec le vide en arrière-plan, évitant ainsi toute distraction de l’esprit. Le corps, toujours peint en taille réelle, remplit l’espace, atteignant presque les bords du tableau et il constitue l’unique et le plus important objet du tableau.
Ces œuvres se présentent depuis 1990 comme des polyptyques toujours conçus dans le même esprit : une forme humaine vis-à-vis d’un panneau noir, mettant ainsi en opposition deux manières extrêmes de représenter l’espace et le volume sur une surface en deux dimensions. Dans certains de ces polyptyques un dessin schématique envahit le panneau noir accentuant davantage le concept même de la représentation graphique de la forme. Dans d’autres tableaux, le noir se pressent silencieusement comme l’espace vide attendant d’être rempli de la forme, de la pensée et de la signification. Je veux que mes tableaux captivent l’attention de l’observateur, mais de façon progressive. Je peins la forme humaine, mais elle est anonyme. Il y a entre le tableau et l’observateur de l’intimité et de la reconnaissance, mais, en même temps, une certaine distance. Chaque tableau, tout méticuleux qu’il soit, maintient une certaine ambiguïté.
En fin de compte ? Si une œuvre d’art se veut signifiante, il faut toujours qu’elle incite l’observateur à s’interroger.
photo by R. Selby